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Episode 10 : La fille qui rêvait autrement

 



Être différente. 

C’est souvent le premier mot qui me vient quand je rencontre de nouvelles personnes. Je pourrais dire unique, parce que c’est ce que je suis — comme chacun d’entre nous, d’ailleurs. Mais je ne l’utilise jamais. J’ai peur que ça sonne prétentieux, que ça donne l’impression que je me place au-dessus des autres. Alors, je choisis différente. Un mot plus doux, plus humble, mais qui raconte déjà beaucoup. 


Depuis l’enfance, j’ai toujours senti un décalage avec les autres enfants de mon âge. Pas parce que je n’étais pas “comme eux”, mais parce que je ne pouvais pas faire les même choses. mes problèmes de santé m’empêchaient de faire du sport, alors je restais sur le côté, à regarder les autres courir, rire, s’amuser. J’étais spectatrice d’un monde auquel je n’avais pas accès, même si j’aurais voulu en faire partie. 


Et ce décalage n’avait rien à voir avec mon apparence, même si j’étais souvent la seule fille métisse de la classe — parfois même de l’école. Le vrai fossé était ailleurs, dans ma manière de voir le monde. 


Mes copines jouaient à “papa et maman”, inventaient des familles imaginaires, des bébés, des maisons. Moi, je jouais à “avoir un travail”. je me souviens encore de ces après-midi où, avec certaines amies, on faisait semblant de gérer un salon d’esthétique. Elles avaient toutes une vie de famille dans l’histoire. Moi, jamais. Je voulais juste créer, organiser, travailler. Déjà à cet âge-là, mes rêves n’étaient pas les mêmes. 


Vous voyez où je veux en venir. 

Je ne regardais pas la vie comme les autres filles. Elles rêvaient d’avoir des enfants. Moi, je rêvais de vivre dans un appartement à New York. Et ce rêve, lui, n’a jamais changé. 


En grandissant, j’ai construit mon identité autrement. Pas en suivant la mode, ni les attentes de la société. Mais en suivant mes expériences — parfois trop précoces — et mes envies profondes. 

Au collège, je n’écoutais pas la même musique que les autres. Je ne m’habillais pas comme elles. Je ne pensais pas comme elles. Et plus j’avançais, plus je comprenais que ce décalage n’était pas un défaut. C’était ma façon d’exister. 


Avec le temps, ce décalage m’a parfois fait me sentir un peu exclue. Pas parce que les autres étaient méchants, mais parce que je n’avais pas les mêmes références, pas les mêmes rêves, pas les mêmes envies. J’étais trop rêveuse, trop sensible, trop “dans ma tête”, trop tournée vers un monde intérieur que personne autour de moi ne semblait comprendre. Alors, petit à petit, j’ai essayé de me fondre dans le décor. J’ai voulu changer ma façon d’être, ma façon de penser, ma façon de parler, juste pour être acceptée par des personnes qui, au fond, ne m’avaient jamais vraiment vue. Je me suis éloignée de moi-même pour me rapprocher d’eux, et c’est sûrement l’une des plus grandes erreurs que j’ai faites. 


Mais c’est aussi l’une des plus grandes leçons. 

Parce que le jour où j’ai choisi un chemin différent — un chemin qui ne ressemblait à celui de personne autour de moi — j’ai compris quelque chose d’essentiel : ne pas être comme les autres, c’est une force. C’est même une chance. C’est ce qui fait que ma vie ne ressemble à aucune autre. C’est ce qui fait que mes rêves sont à moi, que mes envies sont sincères, que mon identité est solide. Et aujourd’hui, je trouve ça beau, important, et même cool d’être différente. Parce que c’est dans cette différence que je me reconnais enfin. 


J’ai voulu me fondre dans la masse, jusqu’à comprendre que je n’étais pas faite pour disparaître. Ma différence est devenue ma force, mon identité, ma direction. 

Et toi, tu t’es déjà senti différent de ton entourage ? 


— Ju

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